27e dimanche du Temps Ordinaire, année A – Homélie du P. Claude Charvet sj

La parabole commence vraiment bien, comme dans la première lecture, comme une chanson que chantent les bourguignons : « je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour mettre un plan de qualité ». Il construit aussi un pressoir et des cuves pour que le raisin soit travaillé avec soin. Il paie le prix de la sécurité : une tour de garde avec les caméras et les drones les plus sophistiqués…. Il confie le tout à des vignerons et part en voyage. Quel savoir-faire chez ce propriétaire pour louer à des vignerons un instrument de travail aussi performant. Quelle confiance aussi il fait aux vignerons pour qu’ils mettent en valeur ce bien si précieux. Dieu prend bien soin de moi en me confiant ce qui lui tient à cœur… Je peux rendre grâce pour tout ce que je reçois à faire fructifier.

Et puis tout bascule dans la violence : on voit que les locataires de la vigne ne veulent pas remettre au propriétaire de la vigne les fruits qui sont produits. Par trois fois, les vignerons frappent, tuent, lapident sans aucune hésitation, avec un accroissement de violence quand arrive le fils bien-aimé du propriétaire : il devient l’héritier qu’il faut tuer pour avoir l’héritage… Qu’éveille en moi ces scènes de violence ? Comment la jalousie et l’appât du gain peuvent-ils transformer le cœur de l’homme pour le faire passer du respect (‘Ils respecteront mon fils’) à la violence meurtrière (Tuons le, nous aurons l’héritage !) La mort du Fils devient un crime prémédité : les grands prêtres et les anciens du peuple sont conscients de l’identité de Jésus, de sa mission de Sauveur : ils le jetteront hors de la vigne et ils le feront tuer. La parabole joue le rôle de révélateur des intentions profondes des grands prêtres et des anciens… Elle démasque leur attitude.

Pédagogiquement, Jésus prend soin de ne pas dire le sort de ces vignerons homicides ; il interroge les grands prêtres et anciens pour leur faire dire la sanction qu’ils méritent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement et il louera la vigne à d’autres vignerons ». En interrogeant ainsi ses adversaires, Jésus les met devant leurs contradictions et ce sont eux qui disent leur sentence… Mais Jésus donne encore une chance à ses adversaires de bien voir les conséquences de ce qu’ils font : en prenant appui sur le psaume 117 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant les yeux » Jésus se présente bien comme le Fils de Dieu, il vient se faire remettre l’héritage confié, recevoir les fruits de la vigne et demander des comptes aux vignerons. Les grands prêtres et les anciens sont bien conscients que Jésus parle d’eux et que « le royaume de Dieu leur sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». Ils cherchent vraiment à l’arrêter mais ils ont encore peur des foules qui croient que Jésus est vraiment le Prophète qu’ils ont acclamé comme le roi en entrant dans Jérusalem.

Tout cela peut nous rejoindre, aujourd’hui, au moment où nous recevons la nouvelle lettre du Pape François Laudate Deum qui fait suite à la lettre Laudato Si’ publiée il y a 8 ans. « Je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture. Quoi qu’il en soit de cette éventualité, il ne fait aucun doute que l’impact du changement climatique sera de plus en plus préjudiciable à la vie et aux familles de nombreuses personnes. Nous en ressentirons les effets dans tous les domaines de la santé, de l’emploi, de l’accès aux ressources, du logement, des migrations forcées… » (§ 2) J’invite chacun à accompagner ce chemin de réconciliation qui nous accueille et à l’embellir de sa contribution, car cet engagement concerne la dignité personnelle et les grandes valeurs. (§ 69) L’effort des ménages pour polluer moins, réduire les déchets, consommer avec retenue, crée une nouvelle culture. Ce seul fait de modifier les habitudes personnelles, familiales et communautaires nourrit l’inquiétude face aux responsabilités non prises des secteurs politiques et l’indignation face au désintérêt des puissants. Nous remarquons donc, que, même si cela n’a pas immédiatement un effet quantitatif notable, cela aide à mettre en place de grands processus de transformation qui opèrent depuis les profondeurs de la société. (§ 71) « Louez Dieu » est le nom de cette lettre. Parce qu’un être humain qui prétend prendre la place de Dieu devient le pire danger pour lui-même. (§ 73)

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